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Full text of "Plan d’éducation publique / par A.H. Wandelaincourt, député du département de la Haute-Marne"



I 




m 






•v* 




CONVENTION NATIONALE. 

PLAN 

D'ÉDUCATION PUBLIQUE» 

Par A. H. WANDEL AINCOURT , Député du 

Département de la Haute-Marns. 

Imprimé par ordre de la Convention Nationale, 



JLjes états les plus floriflàns & les plus heureux 

ont toujours été ceux dont la jeunefle avoit reçu la 
meilleure éducation. Les fiècles grofTiers & ignorans 
furent . dans tous les temps , les fiècles des plus 
grands vices & des défordres les plus deftruSeurs , 
parce que le bonheur du corps de l'état dépend de 

A* 






"JtU la manière dont chique membre qui le compnfe 
remp.it fes obligations, & que les fon&tons dei pat*; 
ticuliers fe reflentent des vertus ou de! % <, des 

lumières ou de l'ignorance, qui font toujours les fuites 
de bur éducation. 

Autfi,tous les habiles législateurs ont-ils rcgarJé 
la bonne éducation comme le moyen le plus sur 
de rendre un empire fiable & florilîant. Ils ont penfé 
qu'il jie falloit pas abandonner à la volonté des pa- 
ïens la culture de ceux dont ils étoient les pè;es; 
mais qu'il étoit nccelfaire que la répubhque , à la- 
quelle ils dévoient leurs travaux, fe chargeât de ce 
foin. En conféquence , l'éducation publique a tou- 
jours pafîe aux yeux des fdges pour une affaire d'état, 
une affaire du premier ordre , de la plus haute con- 
fui iration , & la plus capable de contribuer a la gloire 
dvs républiques & au bonheur des peuples. 

De là l'origine de l'éducation publique, qui fou met 
tous les membres d'un même état a une difcipline 
uniforme , & propre à leur infpirer de bonne heure 
l'amour de la patrie , le refped pour les lois de la 
nation , le goût des maximes du lieu où ils doivent 
vivre, les vertus qui élèvent Pâme, qui l'affermiflent 
dans la pratique confiante du bien, ce la portent vers 
la félicité publique , but unique de tout bon g 
vernement , & -auquel routes les volontés doivent 
être fubordonnées. •* 

Aufli, les anciens conquérais ne trouvèrent-ils pas 
de moyens plus efficaces pour conferver leurs con- 
quêtes , que d'infpirer aux peuples qu'ils avoient 
vaincus , le goût de leurs lois , de leurs mœurs , de 
leurs ufages , que de leur faire faire les mêmes études , 
& de leur donner la même éducation. 

C'eft faute d'avoir emplové ces moyens que Char- 
lemagne ne put jamais , dans l'efpaœ de trente ans, 



3 
fubjugner les Saxons ; & ce fut en les p r atiquant que 
Jule^-Céfar fit adopter par les Gaulois , dans un très- 
court efp'îce de temps ? les lois, les coutumes, l'ha- 
billement & même les fuperftitions des Romains. Ils 
leur avoient donné des écoles pour les feiences dans 
plufieurs villes , comme Autun , Lyon , Bordeaux , 
Marfeille. Dès-lors ces deux peuples s'allièrent com- 
munément enfemble par des mariages , pai îap>o:ent 
emreux les dignités de l'empire , les commandemens 
de l'armée , & fe rég : ifo:e:it pat le même code de 
lois roma'nes. La 1 m gué lat ; ne devint infenfiblement 
la langue de la re; ; g ; on de nos pères, des tribunaux 
de la juflice , & meme d:s particuliers. 

Cependant les Romains dégénérant de la vertu de 
leurs pères , les Gaulo : s i devenus Romains , d;gé- 
cérèrent comme eux. Le luxe les corrompit * les Hem 
qui les uniflbierit, (c relâchèrent pif là diifolution des 
moeurs; Se dès-lors les deux peuples furent en butte 
aux diiTentiohs, aux féditions , à tous les maux de 
l'anarchie , & furent opprimés par des nations mieux 
policées qu'eux. 

Notre France ne reprit fon premier îudre qu'en 
revenant au premier rr.oven. On re'evi les écoles; 
6c cà mefure que l'éducation l'afiferiîïiflbit , le.* moeurs 
fe réformoient , & Tordre reparoifioit avec tous les 
avantages qui raccompagnent toujours: mais , mal- 
heureufement , dans le temps qu'an s'occupa îe plus 
fériëufemênt de cet objet . les ci? confiances ne Furent 
pas favorables , & les écoles prouvèrent des préjugés 
établis qui les fubiuguèrenL La fangae maternelle des 
Franca's n'étoit plus alois qu'un jargon informe ai 
krs lo's . abandonné à ce qu'on appelle impropre- 
ment le pet : t peuple , Se relégué dans fes cantons 
le* pUic profîkrs. Telle fut la fore? d 1' Murât on, 
de faire perdre à un peuple antique Lufage de fa langue" 

A 2 



4 

naturelle , pour prendre cell< 

Le vulgaire roman, latin. ' 

le langage dominant. 

donnances tk-s prince": , ! 

raines, les a&es d'admini! U 

dans ce langage corrompu» ( 

tenir fut encore l'éd : 

eccïéfiaftiques qui fe tnél 

toutes les écoles étpn nt ou dans , ou 

dans les monailcres; & perfonne >it étud , 

à moins qu'il ne r r cl- (Vmât à la < ; re. Par i 

fe'quent , comme le latin étoit la ' ' ! •Te, 

& que Féglife tenoit les écoles, 1 : pas 

furprenant que l'éducation de ce temps n'ait été que 

inonachale , inftitution où Ton entreteti il la jeuneflè 

dans une haute fpiritualiié qui dérégioil l'i 

qui amolilToit le coeur, qui tenoit toi rime 

dans les efpaces imaginaire^ , l( portoil 

les devoirs les plus eflentiels qui lient l'homme à 

l'homme , & lui Faifoit oui laximes 

qui nous apprennent que nous devons à h 

le tribut de tous nos ta'ens. d 

de notre vie même. La langue latine étoil alors prefque 

le feul objet des étud . 

la pure morale, la véritable 

dence, l'aftronomie, les 

enfeveîies dans un oubli^Tui >u, fi 

feignoit quelques-uns 1 de ci ! 

d'une manière fi sèche , 1, 

r>eu de perfonnes avoiei.t le < 

Tout ce qu'on en traitoit étoit n 

de difeuffions inutiles , & re: I 

volumineux, où. tout I i difput 

Céres , à des recherches chim s 

puériles , qu'où chargeait de mille lennei bail ires;. 



ï 

qbfcurs 3 vu'des de fens , où tout Te pefoit fnr des 
autorités alléguées & admifes fans examen & fans 
critique. Tout ce qui paroiflpit îndéfiniflable , on le 
fai/îuoît avidemment , on L'agitoit avec chaleur, on 
foutenoît le pour S: le contre , on aitaquoit avec 
. on le dçfendoit de même , & on finiiToit 
lue toujours par s'entreperfécutèr : fouvent môme 
Petat en étoit enfangîanté. Pernicieulè manière d'en- 
ier & d'apprendre î Elle n'étoit propre qu'à faire 
fgnorans prcfômptueùp , des hommes inutiles , 
vains , fuperftitieux', entêtés & cruels; qu'à corrom- 
les génération* futures. 
Ces derauts étdient trop vifibtes & trop funeftes 
pour ne pas toucher les hommes vraiment patriotes. 
De-là cetre multiplicité d'écrits propres à les rec- 
: , & czs recherches férieuies 3 qui ont enfin pro- 
duit d'heureux .■eus dans la manière d'eduquer 
& d'inftruire : mais le gros de l'éducation & de l'en- 
çnement refle le même; & tout le monde con- 
• qu'il n'ei: pas porté au point de perfection dont 
il efl fnfceptible , & dont on retirerait les avantages 
les plus précieux, & pour l'état, & pour les parti- 
. rs . 
Travailler à y réuffir , c'eft répondre immédiate ■ 
ment aux vœux de nos commettais , qui regardent 
une bonne éducation comme le moyen le plus propre 
à contribuer au b ; en ôc à la gloire de la république ; 
: les travaux de la convention nationale, 
euii ne peuvent ci re utiles ^ s ils né font fécondés par 
nation ; c'efr le moyen d'acquitter tant 
ns , tant de legs pieux , dettes publiques 
toutes doivent tendre au bien de la fociété ; c'eft 
fervir la patrie dans le point le plus eflentiei à fon 
bonheur. Nous l'avons dit , la meilleure éducation éft 
le fondement des états ks plus florifians & les plus 

A 3 



6 

heureux, PuiiTcnt ces grands motifs toucher suffi vi- 
vement mes concil ou'iîs me louchent moi* 
rnçme ! L'objet d'un pian d'éduc tien efl d'embrafièr 

tous les états & tous les fexes , de former ton 
individus aux vertus, au palriotifme, aux arts & aux 

fcier.ee*?. Projet vaffe & de la plus mande utilité : 
tout nous jnvite à nous en occu| utei 

inccfiammcr.t. Pour le faire avec fuccès, diflirguons 

l'éducat'on de Pin(tru£tion , en traitant de Tune 5: de 
l'autre dans ùcdx articles fipaiés. 

DE L'ÉDUCATION PROPREMENT DITE. 

Pour traiter comme il convient ce qui rc 
l'éducation , il faut obferver le but qu'elle fe | ropofe, 
& quek font les moyens \ts plus propres pour y 
arriver, 

Le but de l'éducation en 1 de former un enfant, 
d'en Faire un homme, un citoyen. Il faut donc tra- 
vailler à perfectionner toutes les facultés que la na- 
ture a placées en lui , lui faire acquérir tous les talens 
qu'elle lui demande, appeler les vertus, éloigner les 
vices , ennoblir ks fentunens . nourrir fon coeur des 
plus nobles penchans , remplir fon aine de connoif- 
fances utiles, & l'efTayer dans tous les genres, afin 
d'être allure Je l'état qui convient le mieux à ^oi\ 
bonheur & à l'avantage de la focK 

Cet enfant a iw: corps Se une arne ; il faut forr 
l'un & l'autre par àcs principes ; i procurer 

leur plus grande perfection. L'un & 
concourir au bonheur de l'individu, qui réfulte d< 
aflembîage, Ils font tellement liés enfeiftbte, qi 

1 mu qu'un feul tout, dont les parties doivent cl 6 
à Pu iflbn, H l'on veut qu'elles concourent avec 
harmonie aux opérations phyfÎQUes & morales que 



7 
nous demandons de l'homme raTonnable. Sans cette 
harmonie _, les mouvemens d'une partie nuiroient 
aux aAions de l'autre. Un corps bien confbtué Te 
prête aux op * raî«ons de Famé , & une ame bien réglée 
facilite les fo 'étions du corps. D'un côté , il faut 
de la force, de l'adreffe & des grâces; de l'autre, 
on demande un fond de connoiffances utiles Se agréa- 
bles , qui élèvent 1 ame , la perfectionnent dans 
toutes fes facultés , la mettent en état de régler (es 
idies & fes jngemens , Se de fe conduire en tout 
avec fagelte , & utilement pour foi Se pour les autres. 
C'en 1 vers ces objets importàns que tout inftituteur doit 
porter fon élève, Se il réuffira s'il a de la méthode; 
car , comme l'obierve Quintiiien , fî l'on excepte 
ceux dont les organes ont été dérangés par quelque 
accident, il n'y a point d'individu de l'efpèce hu- 
maine, dont on ne puifle faire un homme, en s'y 
prenant comme il faut. Nous fommes deftinés à être 
tels par la nature. Cette mère commune qui ne fe 
m 'prend jamais dans Ces opérations , a mis au-dedanj 
de nous tout ce qu'il falloit pour cela. Quelquefois 
ce n'eu 1 qu'une petite étincelle d'efprit, un germe 
imperceptible d'énergie ; mais fi l'on a foin de ré- 
veiller cette étincelle , de fomenter ce germe, de 
les entretenir , de leur donner à?s alimens propor- 
tionnés à leurs forces Se à leurs befoins, le temps 
produira des effets furprenans auxquels il paroiffoit 
qu'on ne pouvoit s'atten ire , Se qui cependant pou- 
voient être attendus, par la raifon que la fâgeSe 
créatrice nous ayant faits pour une fin, doit no is 
avoir donné d^smoyens poury arriver; 

Le défaut cPhomines ne vient d vie nue du défaut 
de culture convenable an précieux fond que l'Homme 
renferme. Cette même nature, en n'^us fumant, 
nous a défîmes à vivre en Jbcicté. Notre foibleflb , 

A 4 



8 

les befoins du corps , le don de la paroi; 

de notre cœur, la diverfitc 

cela & une infinité d'autres chofes nous démontrei t 

cette vérité; mais, en nous deftinant à vivre *\ 

nos femblables, pour faire leur bonheur e 

rant le nôtre , il a fallu que la nature nous 

d'un germe fuffifant de venus & de qualités 

fairespour remplir ces vu les. Si Ton 

de citoyens, c'en 1 qu'on na {.-as travaillé à 

ce germe précieux; c'eft qu'on n'a pas fu ore 

cc^ vertus, & les garantir des atteintes m 

V'ce : par conféquent tous les vices dont on fe plaint , 

tous les maux qui affligent la fociété, viennent. 

g' tndo partie, de ce que tous les membres qui la 

composent n'ont pas reç.u une éducation propre à 

prévenir ou à arrêter ces difordres. 

Nous rendrons donc à la Patrie un fervice bien im- 
portant, en nous occupant de lui donner des citoyens 
dont l'éducation a été bien foignée. Pour | 
cet avantage , nous nous occuperons d'abord 
foins que le corps ex ; ge, & enfuit 
doit donner à l'ame , c'eft-a-dire . 
premièrement de Péduc ^.on phylique , enfuit* de 
l'éducation morale. 

De t Education phyjlque, 

Le^ biens du corps font la fanté, la force, une 
bonne conftitution, la propreté, la décence. S< 
font IV e, la gourmandife & les ai 

défauts q< i émanent Je c^s deux fources. 

chacun de ces objets. 

Dj la font . 

La fanté des enfans efî la bafe de tout îe relie. 



9 

puifque la force & la vigueur du corps , dans les 
différens âges \ font Je fondement de la forée Se de 
la vigueur de l'efprit, & très - louve nt tks facultés 
morales. En effet , quel parti peut- on tirer d'un 
enfant ou d'un jeune homme valétudinaire ? Pour 
n'avoir rien à defirer dans un fujet qu'on veut élever , 
pour être fondé à en concevoir les plus grandes 
efpérances , il faut, dit Juvénal , qu'on y rencontre 
un efprit fain dans un corps bien portant. D'ailleurs, 
la fanté eft la fource de tous les agrémens de la vie: 
la ferénité de Pâme, la gaîté, l'appétit, le doux foin- 
meil font les fruits précieux de la fauté : & la maladie 
nous prive de ces innoçens plaifirs. Ni la fociétc , 
ni les douceurs de l'amitié 5 ni les honneurs , ni le'4 
richelTes , ni les feiencés , rien ne peut nous rendre les 
biens que la maladie nous a oies. L'arae eft alors en- 
gourdie : le coeur eft en proie au chagrin, toutes 
nos facultés font abattues & end ■ its : de plus , 
eft -il un emploi, une condition de la vie qui ne 
requierre de la fanté & des forces, pour y vaeua" 
avec fuccès ? 

Or, pour concourir à procurer à un enfant tous 
ces précieux avantages, qui renferment implicitement 
tous les autres , c'eft fpécialement à fon éducaliem 
primitive qu'il faut s'appliquer ; & malheureufement 
la première éducation, le fondement de toutes l,,s 
autres, eft totalement manquée par les trots q- 
de la Nation, parce que c'eft aux parens à la d 
ner,& qu'ils sen déchargent fur des perfqnnes qui 
n'ont pas le même zèle, & à qui la nature n'a pas 
donné les mêmes refiburces pour la procurer. 

Ce feroit ici le lieu de démontrer que c'efi: des 
païens que les enfans attendent le lait qui doit les 
nourrir , les premiers alimens qui fuccèdent au I 
& hs foins qui doivent accompagner ces nourrit) 



I 



On ponrroîl leur r aire en- les avantages 

qn ; i d de celte conclu te . tanl | •• : eux 

que pour leurs en fans & la patrie ; mais ce fi 

cneroil Èïop î< in. Nous le traii part, 

que noi" ris le? moyens que les 

peuvent employer pour apprendre, • n la I 
converfat , i lement à cerne & à lire à leurs 

fcnfàn , r ai encore les arts& les feie- 1 

tion dans ! e manger, chus le boire 5c 
d s les ptaifirs de toute efpèce, l'application nu 
travail, l'exercice du corps, fur- tout en plein air, 
Faflujétiflèment ces partions fougueufes , un coeuj 
I bfe de (bucis & d'agitations , des récréations réglées j 
fonl les plus sûrs moyens de conferver fa Fantc , & de 
la foutenir lorfqu'elle eft chancelante. 

Nourriture. 

La meilleure règle à fuivre pour la nourriture eft 
de donner à ta nature tous Tes befoins. autant qu'on 
îc neuf ; mais il ne Faut point aller au-. !elà. Ài-je faim ? 
Je dois manger. Ai-je foif ? Je clo : s boire. Mais en 
même - temps la ra Ton me dit que la nature ne 
demande rien de plus, év que je dois laifTer à L'écart 
tout (nperfliTé Eh chaque chofe il faut avoir égard 
à la firi qu'on Ce propofe. Quand l'on mange , c'eft 
pour réparer Tes forces & FaiisFaire aux bèfoins de 
Fon corps > cS; non pour nuire à fa faute, & pour 
fat!* frire les appétits déréglés. La nature a pou: vu aux 
! de tous, fi tous- lavent Te contenter du nc- 

c : mais fi uue claffe d'hommes; FenFuels dévore 

]\u r > qu'il ne convient à Fes beFojns, il efr cîair que 
ra : '< (1 . u 1 i • pi Ijù R< : les autres, li i confé juence , 
on donnera aux Jeune autant f " pain qu'Us 

en demanderont , parce que Ton ne Fait jamais dé- 



1 1 
bauche de pain , & que les enfans qui croifTent ont 
befoin de plus de i onrriture que les hommes faits, 
& de m nger plus Fréquemment. Quant au refle, 
rien n'cfl meilleur à la famé que des mets fa ; ns & 
(impies , fàgemeru variés , & toujours accomodés le 
plus G n plement. Il ne fatft jamais donner a :< jeunes 
gens des ragoûts artiflement préparés : ils embrâfent 
le lang, lorgent les foldes, caufent mille ravages 
dans les humeurs, hâtent les langueurs ph\fiques 3t 
morales de la vieilLile'. 1 e matin , de la foupe & du 
bouilli, avec un peu de deff rt des fruits de la faifon. 
Le foir , des légumes fur lefqueb on aura répandu 
un peu de beurre ; du lait frais, dans lequel on trem- 
pera (on pain , voila la nourriture la plus propre à 
bien nourrir, à donner de l'accroiffement , & à pro- 
curer, pendant la nuit , un fommeil doux & bien- 
faifant. 

Bciffbm 

Une eau pure , fans faveur , fans odeur, efî la meil- 
leure des boifîbns, & le plus puiffant digeftif. La mé- 
decine a toujours regardé le vin comme très-préju- 
diciable à l'accroiffement des enfans ; il doit donc 
leur être abfolument interdit : il ne faut leur en donner 
que comme un remède, très-rarement , en petite 
quantité & d'excellente qualité. 

Sommeil. 

Les enfans en bas âge doivent dormir & manger 
quand ils veulent ; mais à mefure qu'ils viennent 
grands, il Faut les accoutumer à fe lever malin. Un 
fommeil modéré ert , dii Lnke ., le meilleur remède. 
Les enfans qui pal atteint l'âge de fix ans, ne doivent 



11 
plus cl r la«! qui}] ; euUnÇ; il foui prendre 

' I 

tvtii.l . { a qui 
doit < m- !eu: ,». 

Plus ils a 1 . . s -1 faut retrancher 

de | 

'■:. Qu?il 

; s ( i ;. îi he faut jamais les éve 
furfaut. Cette manière h ; arracher an I i 

ppurroit Les effrayer leurs efprits. 

dit que pour éviter ces accide . eilloit I 

jours par le Ton harmonieux de quelque iuft.ument 
ee mufîque. 

î g même Lobe c nfeille de faire coucher les 
ns fut un lit du r.c (impie paillafle , ou un 

; efgs de laine : ; j< is un matelas fie r Mon 

b'en fimpîe , h:en ! ; r. L couche trop molle 
éne • rps& le î t. : qu'on 

à coud 

forte & pjus vi fe dans la vie .11 ne ; 

pas de rideaux à lèifrs lits. Les éhfahs tra 
bffàuèéup : l air qui les environne fe c 
& Ai ' )\i un po ;r < . s'ils ■ ren- 

fermés pendant fept heures, i 

heroient l'air de circuler, & de ïe 
( , nueHçrnëttt. T! Fâi 

à dormir d?n^ un & librfe . p nd que 

chaud, & jamais dans une chambre où l'air entre 
par deux côtés. 

/ '. u 
ïl doit être bien (împle , tel qu'il convient à des 1 



(i) Septem horas t < H jaVéAiqua ionique. 



*3 

puWicains, 6: Je même powc tous. Nous femmes tous 
jx; nous fommes tous frères, tous enfàrïs de la 
même fociét^; nous ce pouvons doi"!C nous diftinguét 
les uns des autres, que par la perfection des qualités 
que la nature nous a distribuées inégalement pour le 
b ; en commun , auquel chacun doit concourir par 
des mcven.s ; & parti ■;. l'ers. 

Les ënfans doivent pouvoir agir, jouer, fauter en 
tout temps & avec liberté-. Il faut que leur habillement 
foit favorable à ce^ exercices ; il ne fera donc ni 
trop jufte ni trop recherché. Les habits font-ils trop 
juftes, lesenfans font perpétuellement en prifon; leurs 
membres ne fe développent pins avec la même ai- 
.fance; & les lues nourriciers , faute d'une libre circu- 
lation , font arrêtés dans certains endroits , forment 
des dépôts , des obfhruffions , ou font prendre à nos 
membres vne forme monftrqeufe ; la nature languit 
enchaînée de tout côté; la gahc , cet élément de l'en- 
fance, fe perd ; on refîe immobile, fans action , Se 
l'on devient cacOchime & maladif. Les habits font- ils 
de prix , la vanité s'empare de ces petits efprits , 
les rends égoïires, vains, dédaigneux. Avec un bel 
habit, on craint de le gâter, on n'ofe jouer, ni fe 
livrer fans réferve à tous les travaux auxquels la jeu- 
neiïe doit s'exercer habituellement. 

Les habits de tons feront donc d'une étoffe groilière 
& laineufe pendant l'hiver , 6: de toile pendant l'été ; 
toujours afTez larges pour fe croifer fur l'eftomac 3c 
être retenus par une ceinture. Les bas feront de tri- 
cot de laine pendant, l'hiver , & de toile pendant l'été. 
Pour les fouîiers, je les voudrais fans talon, afTez 
larges & afTez longs pour que les doigts des pieds 
puiflent s'étendre Hans contrainte. 

Il feroit à defirer que l< s enfaqs enflant la tete i 
©u du moias les cheveux très-courts jufqu'à Page da 



■4 

puberté. Par ce moyen la tête fe netto'e r ac'Vment 
tous les jours; la tranfoiration en t(\ p'u^ fac 'e , ^ 
les tens p;ennent continuellement une nouvelle vi- 
gueur. 

Remèdes. 

Il ne faut iama ; s de remède aux enfans que dans te 
cas d'une néceffité indifpenfal le. C'eft donc une pra- 
tique très-blâmable q e de les purger par précaution. 
Quelqu'un fe plaint-il d'un mal de tête , de maux 
d'eftomac ? Il faut alors le mettre à la diète , lui don- 
ner de Peau pure à boire - le faire promener en plein 
air, & le diÛraîre agréablement. Par ces feuls remè- 
des, on le délivrera des maux aâuels , Se on le 
prémunira contre une infinité d' : ncommodités . qui 
font toujours les fuites des remèdes , fouvent même 
de ceux qui lont tes plus doux. 

Exercice , mouvement. 

ÏI faut accoutumer tes enfans à amer d'être en 
plein air, même dans les plus grands froid:. L'exer- 
cice pris à Pair libre affermit leuf conftitu.ion , 
donne à leur gaîté un heureux eflor , âc le- préferve 
po il l'avenir de beaucoup de maux., qui nous rendent 
dars fa fuite 'a vie malhcureufe pour nous & inutile 
pour h fociété. Une vie fidentaire, nn air épa ; s Se 
mal-fain , tuent ta plupart des enfans , ou les rendent 
fi Foibles , fi délicate, que la moindre ebofe les 
blefle , & que toute leur vie n'efl qu'une maladie 
continuelle. 

11 faut donc cônfaçrer quelques heures de la jour- 
née à exercer la [euneflV., par plufîeurs reprîtes, à tous 
le ç jeux qui peuvent donner de Padreffe ou de la 
fjrce. 1 els loin le volant 5 le palet ? le jeu des boules 



& des quilles , Tare , le faut , la courte , La natation j 

la lutte, le voltiger, l'eferime, ia danfe , l'agricul 

ture. De ces jeux, on vendra auy> arts ; on leur ap- 
p.endraà tracer dts figures de gcomeî: : e, à ma: :cr 
le îabot , la lime ^ la (cic ; à exprimer les premiers 
éiémens du defîin. Oeil par ces différens eifais que 
l'on découvrira Facilement le talent de toits les indi- 
vidus, & que PprWè déterminera à donner un mâier 
à chacun d'eux. Car il faut que tous en ayent un , 
& qu'à ceriain âge chacun puiiïe prouver qu'il a un 
m 'ter ou un taler,t propre à lui faire gagner (a vie. 
En effet , de quel droit les fainéans , \(S parefîeuxj 
les ignorans volontaires, les hommes fans moeurs, 
prétendront-ils avoir part aux avantages de la fociété? 
Pour jouir des biens de la patrie , il faut la ieivir uti- 
lement. Tout membre inutile doit être retranché de 
la fociété , dont il eft néceffiirement le rlcau. 

Enfin, accoutumons les en fans à la fatigue , de ma- 
nière qu'ils ne fafient point de dangereux exee^. I es 
habitans des îles Majorque & Minorque exerçoient 
beaucoup leurs enfans. Ils ne leur laiflbient mangerque 
ce qu'ils pouvoient abattre do plancher. Quelquefois 
ils attachoient leur portion de pain, de manrère qirij 
falloit qu'ils la fï fient tomber , s'ils vouïoiertt manger. 
Par- là, ils les rendoient forts, vigoureux, a&ifs , 
fouples, vigilans , intrépides (i). 

(i) Endurciriez la jeuneffe , dit Montagne 3 à h fueur , 8r 
au froid , au vent & au foleil , &: au hasard qu'il lui faut nv> 
prifer. Otez-lt:i toute molieffe Sz délfcatene au vêtir , au tou- 
cher , au minger & au boire , &zc. 

Nourri fie z les gr . -{fièrement à la peine & au travail, dit 
Charon ; accoutumez.-les au chaud , au froid , au vent., m 
aux hafards. Il faut leui roidir , endurcir les mufcles & les nerfs» 
( auiïi bien oue l'ame , ) au labeur & à la douleur ; car le 
premier difpofe au fécond. Labor callum ckduc'u dolcrl. 



Trct\ 

Le travail efl aiuii utile à la fanté, qu'à l'ac 

à la coi i irés à la 

vie. Laconditi e que, fi le tra- 

vail ne , le repos le tu I [tience , 

il n 

Jeunes gens, pendant un te >ble,au 

t ' . mains. Pour cela . on les conduira d 

le ateliers de travail, qui feront établis dans les 
villes , & chez les ouvriers en • nre qui s'y trou- 

vent. Quant aux enfans de \ . on aura foin 

qu'une partie apprenne des métiers néceffaires aux 
gens de campag h , comme le charron, le tailleur, 
le cordonnier, & que l'autre s'occupe des foins de 
l'agriculture; que l'étude ne lui (bit propofée que 
comme un délaiïèment & une récréation, Flous indi- 
querons, dans un volume à paît , la méthode que 
nous croyons la plus propre à celle infrruction. 

Châtiment* 

Il ne faut jamais frapper les en farts , 8c bien moins 
faut-il encore ufeir du fouet aviliflknt qu'emploient la 
plupart des maftr&. Les coup nt les ! 

animale», dérangent là farité & fonl fouvent la fource 
de mille maux que les enfans cachent d'abord , qui 
pour cela deviennent irrémédiables, & f nt la cal 
de plufieurs incommodités, qui augmentent avec le 
temps & répandent l'amertume à la triftefle fui le refie 
de leurs jours. 

!.. mi illeur genre de châtiment, eft la privation 
pour un temps de ce qui platt , comme la comj a- 
:. 2 des autres., la promenade, les jeux, &c. 

De 



*7 

De la décence, 

La décence veut que nous réglions en tout temps 
nos paroles, nos actions, nos regards, nos gz: 
notre pofture , nos démarches, & tout no Lie ex 
rieur , de manière qu'il n'y ait rien en tout cela 
ne convienne à notre qualité d'être ràifonnabie 
vertueux. Or, fi la gloire & la félicite de Phoin 
confident à agir en tout temps & en toute choie , avec 
la droiture & la perfection qu'exige l'ordre , les rhaî . 
doivent mettre beaucoup de foin à inspirer à letirs 
élèves , cette décence qui décèle une ame I 
née& un cœur bien organifé. 

De la propreté. 

La propreté e(t la partie de la décence qui nous 
convient le plus : la ràifon nous la preferit , tant 
parce qu'elle cfr utile à la fanté , que parce qu'el 6 
contribue à nous faire eftimer des autres. La mal- 




v 



ne nous difpenfent pas de la propreté, parce que 
cette vertu ne confiflè pas dans le luxe qui eft un 
défaut contre lequel nous ne faurions trop nous 
prémunir. Eîle veut feulement que nous évitions cette 
négligence qui choque la bienféance naturelle Se le 
favoir- vivre , qui confident à nous conformer à l'exi- 
gence du temps, des lieux & clés perfonnes. C'eft 
apurement une marque qu'on ne s'a-me pas allez , 
lorfqu'on n'aime pas la propreté ; & c'eft confentir 
facilement que les autres n'aient pas pour nous une 
eft:me que nous n'avons point pour nous- même:. 
Plan d'éducation , par Viande lainco^r t. B 



nce 
e 



18 
II eft juftc qu'ils puniiTcnL de lei uden 

avec laquelle nous excitons leur dégoût. Au refte , 
on a toujours regardé le défaut de propreté comme 
une marque de peu de régularité & d'ordre ; en 
conféquence , c efl travailler a le déciicr que de né? 
gliger la décence ôc la propreté. 

On aura donc foin que le linge Se l'habillement 
desenfans foient propres & fans trous. Tous les joins, 
on fera le foir la vifite de leurs habits & de leurs 
bas, afin que le lendemain ils le trouve: t: accommodés. 
On les peignera régulièrement tous les jours, <3c on 
aura foin de leur tenir la tète rafée , afin qu'elle foit 
nette & bien diipofée à fayorifer la tranfpiiation. On 
ne manquera jamais de Içur faire laver les mains Se 
le vifage tous les matins , avec de Peau froide. Il 
feroit auffi bon de les faire baigner chaque femaine ; 
êc quand la rigueur de la faifon s'y oppoferoit, en 
leur feroit du moins laver les pieds Se les jambes. 
S'il efl difficile de les faire baigner tous ie même jour, 
on leur procurerait cet av - | ar bandes , Ils unes 

après les autres. 

Ce qui peut rendre noire corps mal- propre, nuit 
auffi à fa fanté 5c à fa Force. La faletc qui rend notre 
corps dégoûtant, bouche auffi les pores, arrête la trans- 
piration, & peut par-là nous capter des n très- 
graves. Combien d'exemples de n - . eufes 
occasionnées par la mal-propreté ! On voit certains 
hameaux, certaines familles toujours fen proie aux 
maladies : il n'efl pas difficile d'en indiquer la czrfc. 
Des maifons mal conflruites, encore pi mal ex- 
pofées, Pair renfermé & corrompu porte 1' 
dans les poumons , occafionne tout ; les infini 
dont on fe plaint. Cependant, • ►ûteroil peu 
pour éloigner le mal ! Donner b ' • lu* 
appartemens qu'on habile, les expofer au midi, ie 



19 

nettoyer Fou vent avec de l'eau fraîche ; ce feroft le 
vrai moyen de donner de la force aux nerfs , ôc de 
la vivacité aux cfrrits. 

C'eft le devoir des furvcillans de faire renouveler 
fouvent Pair dts apraaemens, & d'avoir foin que la 
plus grande propreté règne par-tout. 

Des attitudes du co^fs. 

La de r cence s'étend encore fur toutes les attitudes 
du corps. La bonne grâce extérieure requiert un 
mouvement régulier & libre de tous nos membres , 
qui tendent , non-feulement à faire nos fondions avec 
grâce & fans gêne, mais encore à éviter toutes les 
poflures qui répugnent à notre flruclure Sck la défi- 
nation de nos organes. L'attitude d'un homme aiîis , 
marchant ou debout, la face, les yeux, le mou- 
vement des bras , la poCtion des pieds Ôcdes mains, 
doivent avoir de la grâce. 11 y a principalement deux 
choies à faire éviter aux jeunes gens : Faix mou ce 
efféminé, ôc l'air ruftique & rude. 

De l'air du vijàge. 

Qui ne fait par expérience combien Pair du vifage 
contribue à la décence de toute la perfonne ? Il faut 
qu'il n'y ait rien de grimnçant , d'?fTeclé & de cho- 
quant; &, comme le vlfage en 1 le miroir de Paine , 
ôc que les yeux en font les fidèles interprètes, le 
plus sûr moyen d'embellir la pbyfionomie des enfans , 
autant qu'il dépend de nous, c'eft d'embellir leur 
coeur, de n'y laiifer dominer aucune pafïîon Une 
ame fereine , douce, modefre , libre d'inquiétudes 9 
une ame remplie de fentimens , de nohleflè , de gran- 
deur , de fincérité , de candeur , fuperieure à ies feos • 

B x 



20 

à fes pafïions, donne , pour l'ordinaire , un air mo- 
dette, gracieux , grave, fincère & enchanteur. Cette 
coi d: ihté qui fe lit dans les yeux, ce regard affectueux 
qui accompagne la pudeur, cctle dignité qui gagne 
les coeurs, viennent d'un bon cœur & d'un bon 
efprit. En conféquence , les maîtres feront attentifs à 
cultiver ces précieulcs vertus dans les jeunes gens 
confiés à leurs foins. Nous leur en indiquerons les 
moyens , lorfque nous traiterons la féconde partie de 
cet outrage. » 

Du ton de voix. 

On fait de même combien le ton de voix influe 
fur la décence extérieure. Celui-ci nous plaît & nous 
affecte déjà par Ion ton de voix , quoique nous ne 
le voyions pas encore _, & que nous n'entendions 
pas même ce qu'il nous dit, tandis que la voix d'un 
autre nous rebute par tout ce qu'elle a de dur, de 
mal-fonore , de rauque & de ruftjque. Il cft certain 
que nous pouvons auffi peu donner aux enfans que 
nous formons , une belle voix que les charmes J\)r.c 
phyfionomie prévenante; niais nous pou v< 
les inflexions de celle qu'ils ont, en | tous 

les degrés, tantôt leur faifant él< 
faifant baiffer , afin de reconnoitre le 
de chaque ton, & de rendre leur 
claire, intelligible & harmonieufe. Apres tout , la v : 
doit être l'expreffion de nos penféts, 3e elle efi * tt- 
jours l'image de notre caractère. La voix cfun 
homme eft-elle trop précipitée ? il 
à modérer l'impétuofité de k^ penfées & la fougue 
de fes defirs. La four ce ^\t^ défauts de la pai 
fouvent dans le cœur; en le COtt 
fa voix. Trop de hardiefle ou t. 
rend défagréable dans le commerce d 



21 

plus l'homme eft modefîe & a acquis l'ufrge du 
monde , plus le ton dont il parle a cfagrémens & de 
convenance. 

De la civilité & de la volitcffe. 

La civilité eft un témoignage que nous rendons 
à quelqu'un , de nos fentimens extérieurs envers lui. 
Ce cérémonial efl: defliiié à fe donner les uns les. 
autres àts démonftratibns extérieures d'amitié, d'eftime 
& de confîdératïcn. 

La politefle efl: une attention continueî'e qu'infpire 
le defîr de plaire à tout le monde , & de iVoffenler 
perfonne. 

Or, la civilité & la politefle nous font d'un grand 
fecours , pour gagner la confiance des autres , & pour 
captiver leur bienveillance. Un air prévenant & poli 
parle toujours en notre faveur. Souvent, pour avoir 
négligé cette vertu morale, nous fomm s rejetés 
des fociétés & de l'adminiflration des emplois, au 
lieu que nos taiens font plus eflimés, logique notre 
extérieur eil bienféant. Quelque propres que nous 
(oyons pour les fonctions d'un emploi public, le 
feul manque de lavoir-vivre nous cauîè un préjudice 
étonnant, L J impolitefle , quelque chofe de gêné dans 
nos manière? décèle de la vanité ou un défaut 
de goût & de connôifîance du monde ; ce qui fait 
concevoir de nous une idée défavantageufe , & ne 
peut manquer de nuire à notre avancement & à notre 
crédit. Ce n'eft pas feulement dans nos fondions 
publiques , mais dans toutes nos relations avec les 
autres homir.es, dans notre particulier, qu'il nous eft 
fouvent difficile de nous attirer les regards , l'eftime 
& l'affection, pour cela feul que certains dehors nous 
rendent fâcheux & degoûtans. On ne peut donc 

B 3 



22 

mettre trop de foin à Former les jeunes gens à np- 
porter beaucoup de cire v . ; ...s Toutes leurs 

démarches, pour ne bleffei perlbnne. Auffi long- 
temps que les hommes auront des yeux, des oreilles 
Se le goût de Tordre, il faudra toujours que rious fo; 
décens & po'is. 

Cependant il faut prendre garde d'être incivil à force 
de civilité. R : en n'eiï plus contraire à la bienféance 
que de Pobferver avec trop d'affedation : rien n'efl 
plus incommode que ces ai n'agiflènt qu'avec 

cérejnonies, «Se qui ne parlent qu*avec complimens. 
Cette affectation rend défagréables ceux dans qui elle 
fe trouve, Se incommode beaucoup ceux pour qui 
elle efl rnife en ufage. I! faut , ca tout , un 
milieu. 

Dz la. complaJfartct ô des égards* 

Ces deux qualités étant néceflairement lices aux 

précédentes, doivent trouver leurs ri;:c:s ici, quoi- 
qu'elles appartiennent aux vertus fociales dont nous 
parierons dans un ouvrage féparé. 

La complaifance dont il eft ici queftion, cOnfifte 
uniquement à ne contrarier le goût de oui eue ce 
foit,dans tout ce quieft in I pour le-; mœurs, 

& à s'y prêter même autant qu'on le peut, A à le 
prévenir, lorfqu'on Ta fu . Cette perfection, 

qui peut avoir lieu dans tons les temps, dans tous 
les lieux, dans toutes les circonftanccs , coûte peu 
aux enfans , il ou a travaillé de bonne heure à leur 
former le caractère , ôc eft très-propre à les faire cl 
dans toutes les fociétés. 

Par égards , on entend de.N confédérations, dis mé- 
nagemens fondés fur les i .lances, ou lut le 
ginie eu la qualité des peilVr:'' N^IÎéz p 



^3 
par exemple , faire en préfenec d'un homme d'un 
certain état, la fat vie des gens de fa condition. 
N'affe&ez point un air de gaieté devant un malheureux 
qui pleure là perte de ion bien. Gémiiïez - vous 
vous-mêmes fur quelque revers affreux ? n'allez point 
fatiguer de vos trifîes lamentations tous ceux avec qui 



vous avez à vivre 



Or, le meilleur moyen que les maîtres aient de 
donner à leurs enfans ces excellentes qualités, c'eir 
de leur en offrir eux mêmes l'exemple, & d'avoir 
l'attention de leur en faire fentir adroitement l'uti- 
lité , toutes les fois qu'ils auront à converfer avec 
eux. 

DE L'ÉDUCATION MORALE. 

La moindre partie de l'éducation eft celle qui regarde 
Pacquifiuon des connoiiTances : le point principal e$ 
de former les moeurs, parce que nous fommes moins 
faits pour connoître beaucoup de chofes que pour 
bien vivre , & que tout ce que nous pouvons acquérir 
de feience , n'eft précieux qu'autant, qu'il contribue 
à nous rendre i'efpiil juite , & le coeur bon & droit. 

L'homme eft entraîné vers les objets fenfîbles par 
un penchant fecret, qui le porteront tôt ou tarda l'il- 
lufion , à l'égarement & à fon malheur , l\ les lumières 
de la raifon n'éclairoient cet inflinct aveugle , & ne 
venoient lui découvrir la jufte valeur des chofes. Ces 
deux forces font prefque teujours oppcfées,& pat- 
tagent tous les mouvemens de notre arne. L'exercice 
de la fageiTe humaine elt d'augmenter Tune , & de 
régler l'autre, de PafFoiblir même en certaines occafions 
par l'habitude de réfléchir, de confulter l'expérience, 
& par le foin continuel d'éviter tout ce qui donne 
trop de prife aux pallions de notre cœur ; car , fx 

B 4, 



2 4 
t • frenl trpp librement , fi i u 
réfervé à leur impéti G é, qous j 

en (oyons lot pu tard les ti 

mes. 
. : .' : c rfe ce premier al 

>rï négatn | • 
elle un inftituteur a 

te 6: de înce la plus confi 

exemple j ie jufte difcernement desind 

,s , les boi nés habitudes, les fruits de i':x- 

ience , les bonnes lectures , I ftacles bien 

fis, les principes l aifir , les 



L s s deux premiers de ces fnoyéi h, à 

rcatic n négative ; le refte re 
Les yns & les autres vont être envi ent. 

De F exemple. 

L'expérience prouve que l'éducation morale eft 
îa plus difficile : elle feroit la : ce, fi le' 

des paçeàs étoient bonnes; les enl 

; . ec le lait , il: les refpireroient avec l'ai 
en eft de même comme de l'a 
nve!oppe,& dans laquelle nous vivons, Souvent c 

nt ne s 1 le fon influence 

poiat à ' ; rantir ; ; : 
, les hommes veut par i >n, c: une grande 

de leur vie repafle, f ?ntfuivi d'autres 

s que IV s ei >le; les i v >nt enc 

Lage. De l'extrême renfibilité de l'enfant, jo 
6me foi le fes il réfulie 



2? 

cilltë paHîculièrc à recevoir toules les impreffions ? 

à prendre tous les plis qu'on veut lui donner, & à 
fe mouler fur les objets qui l'environnent. On peut 
. qu'un enfar.t eil , en quelque manière , pétri &" 
façonne pas tout ce qui agit fut les fens. Cette faculté 
ganilatrice efl d'abord comme enchaînée par les pre- 
miers bejbins de fe nourrir & de fe développer, la 
eue qui ne fait, ni voir, ni entendre , ni prefque Fi 
aucun mouvement, p'ânite guères ; mais, à meiure 
que fes moyens ie développent , cette qualité fe fait 
remarquer en lui. Çvciï par imitation qu'il prend le 
langage, l'accent, le tour d'efprit, les manières de 
ceux qui l'approchent , le caractère général de fa 
Nation, de fa province , de fa ville, de fon quartier. 
Dès-lors , il reçoit l'empreinte de la fortune , de l'em- 
ploi , de la condition de ceux avec qui il v ; t. On lui 
voit déjà une tournure bien différente , fuivant qu'il 
refpîre l'air d'une ville ou d'un hameau. Il va plus 
loin, il contrefait enfuite les actions & les manières. 
Une petite fille répète à fa poupée toutes les leçons 
qu'elle reçoit de la mère; & un petit garçon creufe, 
édifie, trace des figures à 1 l'exemple de fon père. C'efï 
en vertu de cette diipofiticta imitatrice , répandue 
dans tout notre individu , que les pallions exprimées 
(ur le vifage , dans les ciifcours , dans le ton de voix , 
dans les mouvemens de ceux avec qui l'on fe trouve , 
fe communiquent toujours à nous ,&nous entraînent 
fans que nous penfions à y réfifter. Une perfonnë 
gaie& folâtre infpire la gaieté : il ne faut quelquefois 
qu'un homme trille & abattu , pour répandre la trif- 
teffe & le découragement dans une nombreuse af- 
femblée. C'eft ainfique, dans une fédition, dans une 
fête ,, la fureur ou la joie gagne de proche en proche 
Jufqu'aux perfonnes les plus indifférentes : c'eft ainfi 
^ue fe forment ces gcûts, ces antipathie , ces vertus : 



26 

ces vices , ces penchans que Ton croit innés , parce 
qu'on n'en connoit pas l'origine. Une fenfation très- 
voluptueufe qae For; aura procurée à Un enfant , lui 
a donne un penchant décidé vers la mollette. Les 
cris perçans , les menaces, la fureur d'un maître, I 
de Ton éiève un fujet brutal, féro . Se ram- 

pant. En un mot, on remarque tous les jours que \qs 
cnfdns prennent un caractère (ombre, duché , co- 
lère, ou bien riant, doux, humain , fuivaat les mo- 
dèles qui agiflent continuellement (;.r eux. Jamais 
Alexandre - le - Grand ne put fe défa : re de certains 
défauts qu'il avoit pris rje Ton maitre Léonidas : il 
penchoit Ja tête comme lui ; il a? Ton allure 

& Ton accent. Dada cette réponfe admirable de 'Ihc- 
midoeîe à Tes ami!; qui s'etonnoierrt de le voir devenu 
fi doux , fi honnête, lui qui avoit montré un ca- 
ractère féroce dans fa jeunefTe. Les poulains > leur 
diloit - il 3 i es plus âpres & l féroces , deviennent 

d' excelle ns chevaux j fi on les livic à des écuyers expé- 
rimentés, De-là vient aulTi î'étonnement de ce jeune 
homme qui fortoit de l'école du vertueux Platon , 
rentrant dans la maifon de Tes parens , & entendant 
pour la première fois l'on père criailler, s'écria : Que fi- 
ée que ceci ? je n ai jamais rie;: entendu de pareil ckeç 
Platon. 

On peut juger, de tout ceci, combien l'exemple 
domeftique , fur-tout celui des pères & mères , in- 
flue fur les actions des enfans. L'exemple eftdonc la 
première leçon , la leçon de tous les temps, & celle qui 
eît la plus puilTante.Conféquemment, qu'un père n'ait 
point de vices , qu'il n'en fouffre aucun dans ceux 
qui approchent de Ces enfans; que lui flfcfes co-o 
rateurs fe piquent de la plus grande régularité, pra- 
tiquent les vertus morales 6c civiles qu'ils veulent 
infpirer à leurs élèves ; & que la patrie , dans le choix 



2J 

des maîtres publics, ait plus égard à leurs moeurs 
Qu'à leurs taîens. 

Difccrncment ces in: limitions primitives. 

Après l'exemple , le meilleur moyen qu'ait l'édu- 
cation négative , pour former l'enfance , c'eft de faire 
fervir à fon infirudion tout ce qui l'environne , tout 
ce qui frappe tes fens , tous fes befains , tous i^ts 
defîrs. En conféquence , il faut s'appliquer à faire un 
examen férieux des idées dont, il eft déjà en poiiel- 
ilon , à découvrir la manière dont elles fe font in- 
troduites dans fon efprit, l'effet qu'elles y produifent, 
ô: la liaifon qu'elles ont entr'elles ; à approcher de 
lui les objets dont on veut lui donner l'idée , à les 
placer dans un jour riant Se favorable, à profiter de 
toutes les circonflances où il fe trouvera en amener 
d'autres qui puiffent piquer fa curiofité, à lui rendre 
raifon de tout ce qu'il voit , de tout ce qu'il entend ; 
& le vrai moyen de réuflir dans tout ceci , c'eft d'é- 
tudier fon caradère & fon tempérament ; car la 
diverfité du tempérament en met une grande dans 
lesefprits, & indique, pour leur culture, une mé- 
thode convenable à chacun , qu'il faut adroitement 
faifir, & manier avec beaucoup de prudence; autre- 
ment on court rifque de manquer fon but , ou de n'y 
arriver que très- difficilement. 

En effet, en venant au monde, les enfans font 
plus ou moins fenfibles , plus eu moins forts, plus 
ou moins a&ifs , tous font différemment organifés ; 
il eft néceifaire que , de tant de différences phyfiques , 
il en réfulte des variétés à l'infini dans les efprits Se 
dans les caractère? , qui demandent, de la paît d'un 
inftituteur, une foule de moyens ménagés avec art , 
tliverfifics fuivant les circonfîarices 3 & adaptés rr.é- 



2? 

thod re; autrement, i! c< 

roil [î "les vues de la pâture , 

de la c mfuûon dans fon travail, 5c de d-i- 
1 au lieu d'édifier; car il cft évid Faut 

un méthod prit lourd 

parefleux ; qu'il en faut m pour I 

uhéai 
■ qu'il Faut une au 
. i 
; une ai ir les 

( :rts, bauillans, 

di autre pour celui qui a u 

rn • ïs, Se une autre u'a 

i 
fi !'e :io;t. à tous h 

1 
i la 
ie ce n'eft - 

P ' 

: ■ ir un exercice âpproj 

de coicert avec 
la nature , fortifier les on . ndre 

>itudes , a très de ! 

ris, 

.un 

aufetyt cor eft proprç , Os: 

re ùri 
de forç 

>: : qu'il voie cà 

: • 

culture 
I . •■ ' ■ 



prendre cette direction , je parvienne à la rendre f 
vigoureufe & plus belle. Voeu d'un côté les moyens 
que m'offre la nature : voici d'un autre côté les 
ol.ftacles qui s'oppofent au travail de la nature & 
au mien. Tous mes foins doivent donc le porter a 
éloigner ces obflacles , & à tirer tout le profit pof- 
ilble de ces moyens. En conféquence , i! s^âppliquera 
à embellir & à perfectionner tout ce qui pourra i être; 
il n'écartera que ce qui efl abfoltfment mauvais; il 
rapprochera hs défauts & les vices des vertus qui 
les avoifinent. Il tâchera , par exemple, d'amener la 
fierté à la grandeur d'aine , de réduire la jiloufie au 
terme d'une noble émulation , i'avarice au réfultat 
d'une fage économie 5 la prodigalité eu degré d'une 
prudente bienfaifance , la colère au zèle éclairé pour 
le bien; qu'il donne à l'ambition de juftes motifs; 
qu'il la dirige par des règles qui la rendent légitime, 
qui fa fie qu'elle ne foit plus un defir infatiablé de 
s'élever aux dipens des 5 mais un deftèin d'ac- 

quérir des talens fupérieurs pour le rendre de plus en 
plus utile à la fociété. 

C'eil principalement l'excès des parlions & l'objet 
qu'elles le propefent, qui les rendent vicieufes & : 
fibles au bien général & particulier. En conféquenc* , 
pour corriger ce qu'elles ont de défectueux, il firffit 
de les réduire dans de juftes bornes , 6c de leur : 
changer d'objet; mais, en approchant un nouvel 
objet , il ne faut pas le préfenter brufquement & fans 
préparation; il efl néceiilire de difpofer le (prit à le 
defirer, ou à le recevoir fans émotion & fans ré- 
pugnance. 

Les inclinatioi erfey$ telles eue la cruauté, 

duplicité , le menfonge , la perl , l'ingratiti] 
font fi mauvaifes de feur nature, qu'il n'y a no:- 
parti à prendre que de de j 



p 

relâche juJqu*a ce quelles (oient entièrement extir- 
pées. Mais quelles armes faut- I pour les combattit 

efficacement? celles de l'expérience, dont nous par- 
lerons bientôt en détail. Rappeler à Ton élève coi»* 
bien ces défaut? lui ont déjà caufé de défagrément , 
combien ils ont nui à Ton bonheur , combien ils di- 
minuent de la bonne Opinion qu'on avoit de lui , com- 
bien ils lui préparent de maux; lui montrer dans fes 
fembiables des vertus oppofées à ces vices , & lui 
faire remarquer que ce font ces heureufes habitudes , 
qui font leur bonheur & les délices de leur fociété. 
Quant aux llmples défauts , on ne d^it pas les 
confondre avec les vices. Les principaux défauts de 
la jeunefle font la légèreté & l'opiniâtreté. La légè- 
reté difparoît d'elle-même avec Penfance; &, tout 
Je temps qu'elle fubfifte , on peut en tirer beaucoup 
de moyens , pour don.ier une multiplicité d'idées à 
fes élèves, en les faifant pafler de Pune à l'autre , ce 
qui feroit difficile s'ils avoient moins de n 
L'opiniâtreté efi: fouvent un préface de fermeté vfef- 
prit, de roideur contre les obftac'es, & d'héroïfrne. 
Il faut donc bien examiner toutes les circo. * fiances 
où ce défaut fe montre plus à découvert , chercher 
à en bien pénétrer la nature ; & ce n'eil que d'r.;, 
cet examen qu'on doit fe déterminer à le combattre 
drss certains fujets , & à ie cultiver avec prudence 
dans certains autres. 

Dis bonnes habitudes. 

Un autre moyen de s'oppofer an vice . c'efr de 
le prévenir par l'habitude d'une vertu éclairée , en 
apprenant à [t% élèves que la véritable fageflè ren- 
ferme tout le bonheur dont la condition humaine 
cil fuïcepiible ? & en les accoutumant de bonne 



31 

heure à fuivre fes préceptes. Par ce moyen la pra- 
tique du bien leur deviendra plus facile de jour en 
jour. Cette heureufe difpofuion influera fur toutes 
leurs inclinations , remplira leurs efprils de lumières 
pures, & leur cœur d'affe&ions cpnfolantes. A pro- 
portion des actes de vertu qu'ils feront , ils contrac- 
teront Thabitude dedevenir meilleurs, de la fatisfacUon 
intérieure qu'ils goûteront alors , fera comme une 
douce rofée qui le répandra dans leur cœur, qui en 
nourrira les plus nobles penchans, qui remplira l<:.ur 
ame des fruits les plus précieux de la vertu ; & rrç 
laiiTera aucune place pour le vice ni peur la fé- 
duct'on. Or, fi l'on fent combien la paix du cœur, 
la tranquillité de l'eiprit influent fur le phyilque de 
l'homme, on doit voir que cette méthode cft aufïi 
propre à fortifier les membres qu'à former Felprit Se 
le cœur. 

Des fruits de l'expérience. 

De tous les moyens de communiquer à l'homme ^ 
dès les premiers temps de fa vie , les qualités morales, 
le plus frappant & le plus perfuafîf eft l'expérience. 
Quelles impreffions , toutes chofes d'ailleurs égales, 
doivent être plus fortes 3 plus durables, doivent laifier 
un fentiment plus vif, que celles qui viennent de l'in- 
térêt perfonnel ! Heureux celui qui , avant d'avoir 
atteint l'âge où les fautes peuvent avoir de grandes 
fuites, reçoit de l'expérience des leçons dont il lui 
iefte un long fonvenir ! Quelques légères pertes faites 
au jeu avec un malheur confiant , avec des joueurs 
fripons , préfet vent l'un de cette rage effrénée , qui, 
pour un gain échappe auffitôt , & auquel , après 
quelque tems, on devient prefque infenfible, faitrif- 
quer la fortune , la probité & l'honneur , fait troquer 
une vie tranquille de douce contre, les convulfious du 



32 

défefpoir 6c la défolation de fa famille. Un petit nom- 
bre d'affronts reçus à propos , & accompagnés de 

juflcs humiliations, guénilent radicalement un autre 
d'un fot orgueil qui lui auroit attiré mille ennemis , 
& auroit peut-être caufé fa perte. Celui-ci doit aux 
délices d'un divertilfement honnête , répété autant 
qu'il le defire , l'avantage d'être à jamais détourné 
d'un honteux libertinage où il alioit s'abrutir. L'heu- 
reufe occafion qu'a eu celui-là d'éprouver cette vo- 
lupté pure qui accompagne une bonne action , a été 
le principe de cette générofité qui le d:ftingue & lui 
fait tant de vrais amis. 

Mais quelle expérience efl capable d'acquérir un 
fujet naiflant, fur qui les événement ont fi peu de 
prife ? Je réponds que les événemens font relatifs, 
& qu'il en eit pour tous les z%es. L'enfant étant luf- 
ceptible de fentimens très-vifs , e(t dans le cas de 
profiter des fehtimeas qu'il éprouve. Des qu'il com- 
mence à (e connoître , il efl très-fenfible à l'appioba- 
tion (Seau blâme ; & il eft aifé d'oblerver avec Locke , 
dans les enfans même au berceau , des traits bien 
marqués de beaucoup de p a fiions. On connottle trait 
de celui qui, batlu légèrement, mais fans fujet, par 
fa nourrice, pen'a étouffer de colère. Et quand efl ce, 
en effet, que l'homme doit être plus fuiceptible de 
toutes les pallions , que dans un âge où fes tibres font 
plus fenfibles, où fou ame , toute neuve , efl plus 
vivement affe&ée qu'en aucun temps , <5c où la lou- 
plefle de Ces organes les rend, plus eue jamais, ca- 
pables de fe prêter aux inflexions du dehors ? Enfin, 
il en efl de lui , à tous égards, comme d'une pi 
dont la végétation efl plus vigoureufe è~c plus hâtée , 
lorfqu'à peine elle fort de terre , que loifqu'elle fe 
couvre de fleurs Se de fruits ; mais qui auflS eft plus 
exoofée en même- temps à fournir des ia : ures de 

1 air 



Pair 8c de l'influence des ■■• an vais fucs. T 

fera donc, pour un maître habile ,ùhe lource féconde 

dmftrudion. 

Les bennes levures & Tes fp$8kcteS btbh chn'Jïs. 

Il ne faut pas c"C ; re q'iv'ori réi 1 ^: • I h 

bien élever la jeunefle , : fî >rï- 

trer combien les fruits de la vertu 'or : &t 

'abîe? : il efl encore neceiiàire de faire ^bir qu'il 

efl facile de )zs acquérir. 

. Ppur remplir ce nouvel objet, \\ Faut prendre gv.rc.Q 
au temps ©ù Ton preiente ces vérités, & à la ma- 
nière dont on les montre. Le temps le plus propre , 
c'efl le moment où le cœur efl ému pour le bien , &z 
ou les radions hii ont èaufé qutïuues dêfa'giérnensi 
Lamanièié la plus favorab'e. c\ [\ de fe fervïr plus 
fouvent d'exemples que de h çons , 4t de mettre fous 
les yeux de \bn élève, fôit en réalité , foften re; 
fentation . le plus qu'on peut dé modèles proprés :i 
embellir fon caractère , Se à lui préfenter lé vie tou- 
jours od'eux , toujours perféetifé -, & toujours mal- 
heureux ; ia venu an contraire toujours aimable , 
comme elle Peft en effet, toujours bierifarfarït'ê, tou- 
jours accueillie par-tout, par-tout heureuf-, Si 
récompen-fée. Il faudra confdlter pour cela les 6èù- 
vres de Ber'quin; on v trouvera de ces fcënes ati 
dri (Tantes, propres à produire les heureux effets que; 
nous délirons. 

L'hirtoire fait partie cie reçfûcation ; Se c'en 1 ce ré- 
pertoire général des vices Se des vertus . il r ?.ut 
fans ceiTe mettre fous les veux de ceux qi 
en leur failant regarder ln'nV're comme I élude de 
la providence. En effet, c'eft-là où Ton voit que , î> 
Pian d'éducation par Wandilaincouft. C 



Î4 

Dieu ne parle pas toujours, il agit tou;our? en D'eu .> 
un' :l fe joue desfceptres& des couronnes, qu'il abaiflè 
le-; uns , qu'il élève les autres , qu'il tient dans fts 
main* les récompenfes pour lés bons , & les châti- 
mens pouf les méchans; ôc qu 4 il faut que tous les 
fcéîéi ats de la terre boivent tôt ou tard de cette coupt 
myRérieufe pleine du vin de la fureur qu'il réferve à 
leurs forfaiis. Far ce moyen , l'étude de l'hiftoire 
nourrit la venu , élève l'homme au-deiïus de lui- 
même , fortifie fon courage, le rend capable des plus 
grandes réfutations, des plus intrépides efforts, ôc le 
remplit enfin d* celte magnanimité folide& véritable, 
qtli fait non-feulement le bon citoyen , mais encore 
le héros de la nation. 

Pour tirer de cette partie de l'éducation , le double 
ava:)ta;c de former le cœur & l'efprit , il faut avoir 
de petites hiftoires , reliées féparément , bien écrites , 
eu beaux caractères, fur du beau papier. L'une fera 
propre à corriger un défaut , l'autre , un autre ; 
celle-ci à pcrtei à telle vertu , celle-là a telle autre, 
ï.e moment favoiable venu, le maître prendra tran- 
le ment fon volume ; il lira à haute voix Se avec 
attention. Il fera à fon ordinaire PanalyTe de ce qui 
vient d'être îu \ il en développera ei. fuite les circons- 
tances , Ôc il finira par réduire le tout en une penfée 
morale, propre à produire l'eiltt qu'il cherene. Son 
e':ve , parexemp'êj fe fera-t-il montré intempérant ? 
f! Vira à fon a : nuration un Socrate , un Platon , un 
îcius , un Curius, Sec. Aura-t-il montré de Vin* 
l - de la colère ? on ouvrira à fes yeux 
tpire •!■ rpor|cIe; & là, on lui fera voir 

• • , tramant a^rès elle les ravages 
i . les attentats Je la révolte, les fureurs 
le la nifeorde ,les éclat» de la vengeance ,;-:s horreurs 



3? 
des parricides , la ruine àts errpires , la chute âc> mo- 
narques , ces fameufes catadrophes oui ont en towt 
temps en'ànglanté la feene du monde. Le trouve: z 
t-on indolent & parefleux ? on lui montrera dans 
l'indolence & h mollefîe des peuples , le jyerme fu- 
mfte de là décadence àes plus fameux empire- : d-;ns 
Rome auftère & laborieufe, on lui fera vob Eome 
libre , triomphante, au comble de îa gloire; dans 
Rome livrée aux délices d'une vie molle ôc oisive . il 
eppercevra avec étonnement Rome efclave & dtve- 
lide le jouet des nations, dont elle avoit été ta. ter- 
reur. S'il e(l timide & piiftliasime , les beaux traits de 
la vie d'Alexandre , à'vn Pépin , d'un Çharlenw.u , 
d'un Louis IX, d'un Henri IV. d'un Charles XlJL 
d'un du Guefclin , d'un Bayard , d'un Jean-Bart , d'un 
Chevert , de mille auttes , pourront échauffer fon 
cœur, animer fon imagination , raffermir fes (eiis , lui 
donner du courage ôc peut-être même lui infpirer 
l'ardeur de Phéroïfme. Paroîtra-t-il trop compter fur 
fes propres forces , & s'attribuer toute la gloire du 
bien qu"I ■ fait ? on offrira à ks regards le grand 
Tilrénne , piofterné à terre , fes yeux élevés ve-s le 
ciel , les genoux dans la boue , implorer, dans cette 
humiliante pofture , le bras cru Tout-puifrafit , Ôc ats 
tendre îa victoire de celui-là feuî que l'Ecriture ap- 
pelle le Dieu des armées. On lui fera vo ; r d'autres 
fois un Galba , qui trouve fa perte dans 1?. fbuverai" 
neté, à caufe de !a r.-ii'té de fon efprit , de fa mau- 
vaife économie , de fon incapacité à fe plier aux cîr- 
coni'ances ; un Vitellitis , qui fe déshonore par la. 
fcrapttfc . par fa bafiefit: , par tous les vices ' . 
ame lèche êc de boue ; les CàKgula , les Néron, le? 
Domhien, dont les Foîi^ & Us cruautés ont Fa 
leur A;pp;:ce , ie malheur & l'opprobre de l'hui 

C 2 



5* 

: u i Nfrva, dont h l\fl)idkéfc la . r oibIciïe l'ex- 

pof ■ luais. A extraits, on oppo- 

e d'un Trajan , qui fe regarde comme le 

Ôc non comme le maine de l'eiat, qui ne le 

difti igue cîe fenateurs, que parune plusgrande 

i\.vai!.qui vit au milieu de fes (iij et s f comme 

ne refpi.eque le bonheur de Tes enlans, 

te [es foins }ufqu'à àc-Sn rer la chemife qu'il a 

le cojjs pour bander les plaies de fes foldats ; 

i vie d'un Adrien , qui donnoit Pexem- 

I ce qu'il exige oit des autres, marchant à 

îç Trajan, à la tête de fes armées, & 

pefahtç armure, exact fans petitefïe , 

c dooeeur, libéral avec prudence, <k fe 

t adorer de fes fujets^ en les atfujétiffant au 

devoir ; on oppefera un Antonin 3 donl le cilme n'étoit 

ia . lis troubfç » ar aucune paffion violente, toujours 

maître de lui même , ferme & ; t félon les 

circpnQances,, éamtable, doux . pb|i . irai quille, auffi 

le c Mr.mander avix autres, cu'd étoit capable 

r fe commandera lui-même, encore plus refpecté 

jp fes vertus que par l'éclat de la an ça dont il 

ctoi rtvci;'. D'autres (bis le maître :'• i retentir aux 

g ■ I lever, ces paroles toi , que le 

peu nçaîs prononce a v ec d lots lari 

p ^nqs d'un torrent de . en at- 

ra ! es du roi R • :t de 

ùons c:: \t€ ; puijjc ce 

. r.jlufd'.t , /■ • - " * j h 

i gens de bien , jouir 

uil a m is\ Quelquefois 

il I mi ripel tus , les délices 

qui, ut qu'il n'avoit 

trûculier à pei ' •. i< , s'écria : 



amir, voila un jour perdu pou r moi; ou ces autres de 
Peroporeur Néron, que l'on pi nier un arrêt 

de mort 2 Je voudrois ic pa* 1 é;ou celles-ci 

cle l'empereur Théodofe $ clans une pareille circonf- 
tance : Plut à Dieu que je pujfe ouvrir les tombeaux j 
pour rendre la vie aux morts! 

Enfin , c'eit principa'ement par Phiftoire qu'un bon 
maître doit s'appliquer à apprendre à Tes élèves à être 
bons , affables, généreux , compatiffans , maîtres de 
leurs pallions , à deteQer l'intrigue , à faverifer le vrai 
mérite ; & , quand i'hiftoire ne pourra pas le fervir 
à fon gré, ou qu'elle ne fera pas l'impreiuon qu'on 
en attendait, il y fuppléera par des ridions drama- 
tiques. Dans ces repréfentations , quelquefois ce fera 
un magiff rat judicieux qui, tantôt chaivera avec éclat 
un vil mercenaire qui cherche à le corrompre , tantôt 
accueillera & récompensera l'ame intrépide <k patrio- 
tique qui ofe lui dire une vérité fakitaire , tantôt re- 
noncera à fes pîaifirs , pour mieux remplir fes devoirs , 
& pour la g oire de fa réputation. D'autres fois on 
lui montrera un perfdnaa^e diîl'ngué , qui , oubliant 
[es titres & ks richefles , fourit à l'un , tend a l'autre 
une main careflànté . écoute un troif c ne avec in- 
térêt , & defeend dans la chaumière du pauvre, pour 
y répandre des richefles j 6c verfer des confolation?. 
Ici, on lui fait vo : r un jeune homme doux , modéré, 
refpeâueux envers (es maîtres, ou un fils tendre '.-: 
reconnorflant , toujours attentif à plaire aux auteurs de 
fes jours, dont il eif la joie S: le (outien , & n'eftimERt 
rien tant dans fa fortune, que le pouvoir qu'elle lui 
donne de leur mieux prouver fa LendrelFe. Là _, «:i 
lui repréfente le père * de.- famille qui reçoit dans fon 
fein l'enfant prodigué qui revient'; lui. On le ran 
nera de temps en temps aux ouvrages de Berlin , 
de ia Fontaine , à la lecture de Cîmmortel Télémaque , 



Plan d'éducation par Wanddaïncom t. 



c 3 



3« 
ouvrage digne des plus grands éH;r p s, & H propre 
à porter aux vertus Pcx il s & pc I cjirconque 

le lira avec intérêt. Eh î qui pour coi t lireautrement 
les ouvrages du fendre 9 du vertueu . able 

Fénélon ? 

Tous ces fpeétacles , tant vrais que Faux, imprime- 
pont dans l'eiprit des jeunes gem des 1rs fondes , 
renfermeront autant de germes dts veitus morales, 
fociaKs ck politiques dont ils ont befoin , pour devenir 
des hommes précieux à la fociété. 

Comparaïfon de toutes nos actions avec dei priicipcs sû r s y 
& à la portée de la plus fimvle intelligence. 

Nous aurions peu Fait d'avoir préfente la vertu dans 
tout fon éclat , & le v ; ce dans toute fon infamie , 
d'avoir fait obferver qu'il en coûte plus pour être 
vicieux que pou; piatiquer la vertu , d'avoir montré 
l'homme vicieux au milieu des remords qui le dé- 
chirent, & l'homme vertueux jouiiïant en paix 6*s 
délices d'une con r cience pure & éclairée, il faut en- 
core ramener toutes ces Vérités à une loi fimple , 
facile à faiilr, & fur laquelle nous pui filon J compa- 
rer toutes nos avions. La voici cette règle; elle eft 
gravée dans le coeur de tous h'i homme* : elle eft 
fondée fur cette inclination dominante & générale , 
qui nous porte à délirer noire conservation , & à 
chercher notre bonheur. Ce fentiment impérieux de 
notre coeur eu ce qu'on appelle amour-propre. 

Toute la morale, toute la religion naturelle n'eft 
autre chofe que cette loi connue de tout le monde: 
Fais à autrui ce que tu voudroïs qu'il te | if. C'en B ce 
principe fi iimple Se fî naturel sju'il faut renvoyer 
les élevés , toutes les fois qu'ils ne ïor.t pc.s le . 
qu'on defire d'eux. On doit fi.r-tout leur faire voir 



59 
que, fi c'efl de cette règle que découlent toutes fes 
vertus morales & toutes nos obligations fb ci aies , 
cY-ft auiïi de cette obfervance que dépend notre 
bonheur. 

Une courte énumération furrlra pour démontrer la 
première de ces vérités , & l'expérience convaincra 
de la féconde. Effectivement, c'eft de cette règle, 
comme d'une fource féconde , que découlent le 
refpecl & l'amour envers Dieu , une réfignation par- 
faite à (a volonté , raflujctifTemcnt de nos paillons , 
la culture ce notre efprit, la règle des affections de 
notre coeur, la juftice , la charité par rapport aux 
autres hommes , le bon ufage des richefîes , la pa- 
tience dans les fouffrances , toutes vertus qui font 
pour Famé autant de biens qui rendent l'homme heu- 
reux , & toutes découlent du principe général que 
nous venous de pofer. 

Premièrement , nos devoirs envers l'être fuprême 
Portent de ce principe ; car pourquoi dois-je à Dieu 
des fentimens d'amoyr Se de refpeâ: ? N'eft-ce pas 
parce qu'il faut faire à autrui ce que nous voudrions 
qu'il nout ft , s'il étoit à notre place ? Nous tenons 
tout de Dieu : nous lui devons notre exiilence , notre 
confervation, les biens dont nous jouirions , & i'é- 
toignement des maux. Or, ferions -nous bien aifes 
que celui qui nous doit tout , nous oubliât à jamais ? 
qu'il tournât contre nous nos bienfaits ? qu'il en fit 
un ufage contraire aux vues que nous avons eues 
en les lui donnant ? en un mot , qu'il fe montrât in- 
grat & méconnoiflant ? 

N'ed-ce pas le même principe qui doit diriger toutes 
nos actions envers notre prochain ? Pourquoi faut-il 
que je fois fage , prudent , normale, décenl , circonf- 
pecl , courageux , patient , modéré , fobre , &c. ? 
c'efl toujours par le même principe : Fais à autrui 



tiquetu veukqti'U te faffh. Effe&ivement, puis je rr « 
cuer a ces vertus tans aller contre ce précepte ? 
Car comment pourmis-je travailler féiieufement atj 
boj heur des autres, fans m'oeçuper du mien ? Si je 
ne fuis ni f.ge , ni pruderit , ni cire • r , ni îobte , 
ni courageux, ni patient , &c. , combien omettrai-jt 
de chofes dont l'omiiTion fera préjudiciable à mon 
prochain ? combien ferai-je de chofes qui lui feront 
dommageables , qui ôteront le calme à mon ame , 
qui l'occuperont d'elle feule , qui lui feront oublier 
ce qu'elle doit à la fociété, & qui, par retour, la 
priveront des fecours qu'elle a befoin d'obtenir des 
autres ? 

Fuis à autrui ce que tu veux qu'il te fafft : Dieu te 
volt; cherche à faire h plus grand bien. I rcis maximes 
que les jeunes gens doivent trouver par - tout , & 
auxquelles il faut les renvoyer , toutes les fo : s qu'il 
lenr arrive d'avoir befoin d'être repris. L'hiftoire nous 
apprend qu'Alexandre Sévère répétoit fans cefle cette 
maxime à ceux qu'il trouvoit en faute , & qu'il Pavoit 
fait graver dans fbn palais & à la porte de tous les 
édifices publics ; ce qui fut un puifianl motif pour 
retenir les méchans , Ôc pour infpirer le goût des vertus 
fociales. 

Déà fions tirées des revenfes defts t!evcs> & de l'exprefjion 
de leurs fentimtns. 

Ajoutons aux moyens précèdent celn ; de s'en rap- 
porter aux décidons de fon élève , de l'interroger 
fur ce qu'il penfe de Pâftion qu'il vient de com- 
mettre , comment il l'envifageroit dai s un aune, 5c 
quels moyens il lui indiqueroit, pour réparer la Lut: 
qu'il a cor ' ; enfin, on remuera fes fe:U;men$- 



\ 4 1 
Seroifc-il ppflible j lui dira-ton, que vous ayez ; 
la refojution de vivre fans un cœur honnête , b 
& compati (Tant , fans réputation, fans gloire, dans 
Fmfamîe, bourrelé par les remords piquans d'une 
conteience alarmée , de celte confeience que l'auteur 
de Vos jours a n'arée au-'dedans oe vous, comme 
un ange tutcïaire , pour vous avertir de vos devoirs, 
pour vous rappeler de vos égaremens. & pour vous 
conduire ainfî au bonheur, à ia vraie félicité ? Ahl 
mon enfant ! mon cher enfant ! plutôt vous voir périr 3 
ci : fb : t la reine Blanche à Ion fils Louis IX. plutôt vous, 
voir mort _, que d'apprendre que vous ave% manqué effentiei- 
1er: en t à vos devoirs. 

Nous n'avons jufquVienvifage Fhiftoire quecomme 
une école à-: vertu. Dans un autre volume, nous 
appliquerons nos élèves à y puiferdes leçons de po- 
litique , en cherchant les caufes de Pagrandiflement 
<k de la chute des empires, du gain & de la perte 
des batailles;? étudier le caractère des peuples S: des 
grands hommes dont parle Fhiftoire; Rapprendre 
Fart précieux de conduire les affaires avec prudence, 
d'en prévoir les fuites , d'en afîurer le n-ccès , de 
cherchera démêler, dans chaque événement, les 
vues fècrcîes ou les paffions qui en ont été le prin- 
cipe , les reiTorts cachés, les moyens qui en ont 
facilité l'exécution , & les Fautes, les contre-temps 
qu ; en r.:u empêché la réiiflite ; à expdfer les moyens 
qu'ils au rôieht cru devoir employer eux-mêmes, s'ils 
fe FuiTent trouvés dans pareille occafion. 

M » ce n'en 1 pas aflez d'avoir indiqué les moyens 
que nous avons cru les plus propres pour perfec- 
tionner Péducation phyfique Se morale ; il rjqre 
donner aux jeunes gens la facilita d'en connoitre les 
principes, les môyerrî d'eu pratiquer les maximes, 
d'en fentir toute Pirnportancc , & d'en rek 



fruits. Pour cela , nous préfentdffcns trois petits livrets, 
do'U le premier traitera de h difcipline intérieure d-s 

écoles &descol'c\"s ; le fécond r rcfentcra un nbrcgé 
de h morale pour les petites écoles ; & !e troifième 
le dc^velqppenvcqt de celte hiouie pour les grandes 
jnf'Uutions, 



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P£ L'IMfRIMERIE X iTI ■ N A I E 



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